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Chapitre 1

— Calli, ma chérie, viens souffler tes bougies. Tout le monde t’attend !

— J’arrive, Maman, je descends !

Ce soir, Callisfea fête ses dix ans. Sa famille et ses amis se sont tous réunis, mais elle leur a déjà faussé compagnie !

— Après tout, c’est mon anniversaire, s’est-elle dit. J’ai le droit de faire ce que je préfère !

Alors, profitant d’une chanson entamée par son père et reprise en chœur par les invités, Callisfea s’est éclipsée pour admirer le ciel qu’elle espère étoilé.

Et pour cela, quoi de mieux que de se jucher sur le toit qui surplombe la fenêtre de sa chambre, assise sur ce plateau étroit ?

De là-haut, elle peut admirer une partie de son village, niché dans la montagne et bordé d’une immense plage.

Comme pour celle de ses voisins, la maison de Callisfea a été construite dans la roche à la façon des troglodytes.

Par endroits, on y a aménagé des poches et des canaux pour laisser s’écouler des cours d’eau qui irriguent les jardins, s’attardent dans les bassins, puis après quelques cascades, rejoignent en contrebas une rivière, en direction de la mer.

Lorsqu’à la fin de la journée, cesse de briller le granit rosé, dont le village est parsemé, il est alors illuminé par les lanternes et cheminées réchauffant les foyers. De jour comme de nuit, le village de Pinkedily offre un spectacle dont Callisfea ne se lasse jamais.

 Ce soir, elle a donc discrètement quitté ses convives pour se retrouver là, en équilibre, sur le toit de sa fenêtre, n’en faisant qu’à sa tête.

Certes, le toit est couvert d’une mousse glissante.

Certes, la fenêtre donne directement sur une très forte pente.

Et bien sûr, Callisfea se blesserait si elle dérapait de cette toiture…

Mais voilà, Callisfea a le goût de l’aventure ! D’ailleurs, du haut de son promontoire, elle adore s’inventer des histoires.

Depuis quelques jours surtout, ce qui attise sa curiosité, ce sont ces montagnes, sur l’île de l’autre côté du rivage : loin au large, on en distingue nettement les formes par beau temps. Mais depuis peu, elles restent plongées dans un épais brouillard, où seuls s’aventurent des éclairs sans orages. Même au-dessus, dans le ciel noir, les étoiles sont devenues rares.

Callisfea est troublée par ce sentiment bizarre que quelque chose s’y prépare, comme quelque chose de mauvais qu’elle ne saurait nommer…

Perdue dans ses pensées, elle n’a pas vu le temps passer. Soudain, la voix de sa mère la fait sursauter :

—  Calli ! Tu as dix ans aujourd’hui ! Quand vas-tu cesser de te mettre en danger ? Nous ne pourrons pas toujours te surveiller ! Redescends immédiatement ! Grimper là, ce n’est pas du courage mais de l’imprudence ! A ton âge, ton père et moi devrions pouvoir te faire confiance !

— Mais Maman…

—  Enfin, soupire sa mère, nous en reparlerons plus tard. Je te laisse tranquille pour ce soir.

Et elles rejoignent la famille pour terminer ensemble la soirée qui s’était jusque-là bien déroulée.

Callisfea souffle ses dix bougies, entourée de ses amis. Après quelques parts de gâteau, des verres levés bien haut, tout le monde danse.

Dans cette chaleureuse ambiance, le petit logis de Callisfea et de ses parents résonne de rires et de chants jusque très tard dans la nuit !