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Chapitre 9

Un matin, Callisfea est amenée dans l’antre de Pangerona qui l’attend, souriante.

— Comme c’est gentil à toi de venir nous rendre visite ! Tu tombes bien. J’ai une surprise pour toi ! Non ne me remercie pas. Tu le mérites ! Tu vois, je prends soin de mon invitée !

Elle fait s’approcher Callisfea au-dessus d’une cavité, dans la paroi de la grotte où bouillonne un liquide verdâtre. D’un geste de la main, elle balaye les vapeurs qui en émanent, et laisse apparaître des lueurs puis des tâches de couleurs, qui se précisent pour former une image. Callisfea y découvre alors deux visages, dont la seule vue lui fait monter les larmes : elle reconnaît ses parents, dont elle est séparée depuis si longtemps !

— Qu’y a-t-il ? Tu pleures ? Moi qui croyais te faire plaisir ! lance la sorcière, dans un rire. Regarde tes parents, eux, comme ils sont souriants ! Tiens, mais qui est cet enfant ?

 Callisfea, qui s’est approchée, aperçoit dans les bras de sa maman, un bébé !

— Ça alors ! s’exclame Pangerona. Ils t’ont déjà remplacée ! On dirait bien que tu ne leur manques pas du tout ! Ils ont vite cessé de te chercher partout.

— Tout cela, c’est de votre faute ! Si je n’étais pas captive dans cette grotte…

— Allons, ne sois pas si naïve et si sotte ! l’interrompt la sorcière. Croyais-tu qu’ils passeraient leur vie entière à te pleurer ? Toi, leur enfant si turbulente et désobéissante, si épuisante ! Ils t’ont abandonnée, parce que tu les fatiguais ! Alors, à présent, au lieu de laisser la tristesse t’envahir et te détruire, ouvre la porte à ta colère et tu verras qu’elle t’apportera de la force. Bientôt elle te formera comme une écorce, et plus rien ne t’atteindra… comme moi. Je te laisse méditer sur tout cela. Halvornus va te raccompagner.

Dehors, le dragon qui l’attendait, remarque ses yeux mouillés :

— Tu es forte ! s’exclame-t-il.  Elle aura mis du temps à te faire pleurer !

— Cette fois, c’est la fin. Mes parents m’ont oubliée. Elle me les a montrés. A quoi bon m’accrocher ? Pourquoi espérer rentrer chez moi ? Ils ne veulent plus de moi.

— Comment peux-tu croire cela ? Tu n’arrives plus à penser car tu es épuisée ! Je n’y connais rien en parents, mais je suis sûr qu’ils n’abandonneraient pas leur enfant ! Ils t’aiment très certainement ! Et puis…, toi, tu n’as rien fait de grave comme moi !

— Comme toi ? Que veux-tu dire ? Qu’as-tu fait de pire que de désobéir ?

  — Et bien, il paraît que lorsque j’étais petit, je provoquais sans cesse des incendies, dès que je toussais ou que j’éternuais. Je ne savais pas me contrôler. C’est pour cela que le village où je vivais a dû être bien soulagé lorsque Pangerona m’a emmené. En tout cas, d’après ses dires, car je n’ai que très peu de souvenirs.

  D’ailleurs elle me répète souvent : « Sois reconnaissant de cette nouvelle chance que je te donne ! Tu ne peux pas vivre avec les hommes. Ils t’ont haï et banni à cause de tes incendies. Je t’ai recueilli pour prendre soin de toi, et toi, tu me serviras. Tu me devras allégeance et obéissance toute ta vie. »

— Hum, j’ai du mal à croire qu’elle prenne soin de toi par simple bonté ou même par pitié.

Ce soir là, lorsque Callisfea regagne sa maison-prison, son esprit est en pleine confusion. Elle s’écroule sur son lit et regarde en l’air. Si seulement, elle avait un signe de ce qu’elle doit faire. Elle doit absolument éclaircir ses pensées.

Soudain, elle aperçoit une petite tâche blanche au plafond, qui descend le long de la cheminée. Est-ce encore une hallucination due à toutes ses privations ?

En s’approchant pour l’observer de plus près, Callisfea réalise qu’il s’agit d’une araignée !

  L’image des lys araignée qu’elle cherchait tant, lui revient alors en tête, et aussi ce que lui disait sa maman :

  — Sais-tu pourquoi j’aime ces fleurs ? Elles me rappellent que rien n’est tout noir ni tout blanc. Quand je les regarde, j’éprouve de la fascination. Et pourtant, elles ressemblent beaucoup aux araignées, qui ne m’inspirent que de la répulsion. Ces fleurs me rappellent qu’il ne faut pas s’arrêter à sa première impression. La beauté se trouve parfois même là où, au premier abord, tu ne crois voir que de la laideur. Il suffit de savoir la chercher, prendre le temps d’observer, écouter.

 En temps normal, Callisfea aurait sursauté à la vue d’une araignée : lorsqu’elle était toute petite, elle criait jusqu’à ce que son père accourt, et la mette dehors.

Mais à présent, elle se sent plus forte. Elle réalise que la première impression qu’elle a eue du dragon était trop sévère : il est peut-être moins féroce qu’il en a l’air. Après tout, sous son écorce, il est presque autant victime qu’elle.

  — Il ne faut pas que je le sous-estime, songe Callisfea.