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Chapitre 7

Sur le dos du dragon, Callisfea l’interroge :

— Qu’est-ce que c’était ? Est-ce que tu savais ce qui allait m’arriver ?

— Tu as eu beaucoup de chance : tu viens de faire la connaissance de Croc-Roc. Il a toujours faim ! Il engloutit tout ce qui passe : orques, trolls, lutins… Ses parois contiennent des cristaux qui lui permettent de pétrifier en quelques minutes tous ceux qui y entrent. Heureusement que je suis arrivé à temps ! La lumière que tu crois avoir vue n’est que l’émanation des gaz provenant de la putréfaction des victimes, après leur pétrification… Elle sert ensuite d’appât, pour attirer des créatures naïves comme toi…

— J’ai encore un cristal sur moi ! s’exclame Callisfea en retirant un caillou bleu de ses cheveux. Est-ce dangereux ?

— Non, rassure-toi, elle ne s’active que sous l’effet d’une très forte chaleur, bien plus que la simple la température de ton corps. Dans la grotte, ces pierres étaient dangereuses uniquement parce qu’elles étaient très nombreuses. Celle-ci, seule, est inoffensive. Tu peux la garder en souvenir de cette soirée, pour te rappeler de toujours regarder où tu mets les pieds…

—  Compris, je serai plus prudente la prochaine fois.

— Comment cela « la prochaine fois » ? Ne me dis pas que tu comptes encore t’évader ? Je ne serai pas toujours là pour te sauver !

— N’essaierais-tu pas de t’évader, si tu étais à ma place ?

— Certainement pas ! Je donnerais ce qu’elle veut à Pangerona !

— Mais je ne le peux pas. Et même si je le pouvais, elle en ferait sûrement un trop mauvais usage.

— Dans ce cas, si tu envisages une nouvelle évasion, préviens-moi ! Iras-tu plutôt au Nord, par les marécages ?  C’est un coin très intéressant : on dit qu’autrefois, des marchands qui s’y étaient aventurés en barque, ont fait naufrage. J’ai déjà survolé cet endroit et ce que j’ai vu m’a rempli d’effroi. Tout être vivant qui s’y aventure semble happé par des forces   obscures  venues  des  profondeurs, et se trouve englouti, comme  pour  nourrir des esprits au très gros appétit ! Veux-tu leur tenir compagnie ?

— Non, bien sûr, ronchonne Callisfea.

— Mais, si tu le préfères, tu peux partir plus au Sud. Après tout, tu n’auras qu’à traverser une forêt verdoyante, bien plus avenante que la zone marécageuse, ou que la montagne qui ce soir a failli causer ta perte.

— Ah oui ? C’est vrai je pourrais passer par là ! s’enthousiasme déjà Callisfea.

— Oui, voilà ! continue Halvornus en ricanant. Il faudra seulement que tu prévoies beaucoup de monnaie, pour ne pas te faire malmener par les Lunins à grand nez.

— Les Lunins à grand nez ?

— Oui, les Lunins. On les appelle ainsi car ils sont les descendants de couples qui se  seraient formés entre le clan des lutins, alors esprits des forêts, et celui des nains venant des montagnes. Ils disposent de la force des nains et de la malice des lutins. Ils sont sans cesse à la recherche d’un butin à dérober, qu’ils repèrent de très loin, comme tu l’auras deviné, grâce à leur grand nez à l’odorat très développé.

— Mais je n’ai rien sur moi qu’ils pourraient voler.

— Ne crois pas cela ! Ils pourraient t’échanger contre de la menue monnaie, auprès d’autres habitants de la forêt, qui sont très gourmands à ce qu’il paraît. Une petite créature comme toi leur ferait un excellent goûter !

— Bon, bon, d’accord, j’ai compris ! Je ne peux pas m’évader d’ici, même si je vis dans une maison qui n’est pas fermée à clé ! Mais je ne comprends toujours pas ce que toi, tu fais encore là. Pour toi, Croc-Roc n’a pas été un problème : tu l’as vaincu. Alors pourquoi restes-tu ? Tu peux t’envoler où bon te semble et quand tu le veux. Est-ce Pangerona qui te retient ? Toi qui es si fort, tu ne devrais pas en avoir peur !

— Je vais te montrer : nous allons faire un petit détour, vite avant le lever du jour.

Et le dragon effectue une rotation vers le Sud. Il survole des pentes au-dessus de rochers aux formes inhabituelles.

— Regarde bien, que vois-tu ?

— Je vois de l’herbe, des pierres…

— Regarde de plus près ! Ne vois-tu rien d’anormal ?

— Et bien, certains rochers ont une forme un peu animale. On dirait des… des dragons ?

— Oui c’est cela ! Ils étaient vivants autrefois, tous au service de Pangerona. Mais un jour, ils ont tenté de se rebeller et de lui résister. Alors, elle a dérobé des cristaux dans la caverne qui a failli te dévorer et, avec, elle les a pétrifiés ! C’est elle qui me l’a raconté. Ils voulaient tous la quitter mais elle les en a empêchés. Je crois qu’elle s’y attendait, grâce à son faucon. Elle a utilisé contre eux la chaleur de leur feu pour activer les fameuses pierres bleues. Moi, je ne tiens pas à finir statufié comme ces pauvres dragons dont la vie s’est arrêtée à cause de leur courageuse rébellion ! J’y pense très souvent. Parmi eux, il y avait sûrement mes parents… Enfin, j’espère que, maintenant, tu comprends pourquoi je lui obéis, même à ton détriment !

— As-tu déjà pensé que parmi ces dragons, peut-être certains avaient-ils aussi des enfants ? A ton avis, que sont-ils devenus ? Où ont-ils disparu ? Ils ne sont certainement pas restés. Et toi, qu’est-ce qui t’empêche de partir loin, de t’envoler ?

— Pangerona me retrouverait pour se venger . Et puis, de toute façon, je dois éviter les humains. Mais te voilà arrivée, hâte-toi de rentrer. Le soleil va bientôt se lever. Si tu veux nous en reparlerons demain.