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Chapitre 6

Le lendemain, la sorcière fait une nouvelle tentative pour dérober les pouvoirs de sa captive mais, dès la fin de son incantation, elle est prise de convulsions. Elle ne revient à la raison que grâce à son faucon qui verse sur son visage la potion que sa maîtresse avait   préparée par anticipation.

Pendant des semaines, des mois, les essais se multiplient et Callisfea s’affaiblit…

Un jour pourtant, le dragon cesse de venir chercher la malheureuse pour ces expériences infructueuses. En effet, la sorcière, elle-même à court d’énergie, préfère réfléchir à une autre stratégie.

Callisfea, qui a dormi pendant cette journée de répit, décide d’en profiter pour s’enfuir dès la tombée de la nuit : «  De toute façon, se dit-elle, si je reste ici, j’y laisserai la vie. »

Elle écoute attentivement le souffle du dragon, dehors, qui s’est ralenti en un doux ronron. Enfin, il s’est assoupi ! Callisfea sort de la maison sans un bruit. Elle n’a avec elle qu’un petit sac confectionné dans la doublure de sa cape, qui contient des fruits, de l’eau et du pain rassis. Callisfea est angoissée mais déterminée : si elle a la moindre chance de s’évader, c’est ce soir qu’elle doit la tenter !

— Je dois repartir vers l’Ouest, d’où je suis arrivée », songe-t-elle, en se dirigeant vers une faille repérée dans les rochers.

Après deux heures de progression dans l’obscurité, où seule la lune l’éclaire par son reflet, elle parvient de l’autre côté. Devant la fillette se dressent pourtant encore de nombreux monts à l’horizon ! « Ne te décourage pas, se dit-elle, savoure ta première nuit de liberté ! »

En regardant plus attentivement, elle distingue même un petit sentier, qu’elle décide  d’emprunter. Mais le chemin escarpé finit par s’arrêter au pied d’un nouveau mur de rochers. « Je ne vois même pas par où le contourner. Je vais encore devoir l’escalader », soupire-t-elle.

En s’approchant, elle découvre une cavité qui ressemble à l’entrée d’un tunnel. A l’autre extrémité, en effet, elle aperçoit une lueur, comme si ce passage sous la montagne donnait sur l’extérieur. Il pourrait lui faire gagner un temps considérable ! Elle décide donc de le franchir plutôt que d’avoir un nouveau mont à gravir.

Mais à peine Callisfea a-t-elle fait un pas dans le tunnel, que tout s’ébranle autour d’elle !

— Et où espères-tu aller comme cela ? demande une grosse voix qui résonne.

La fillette regarde autour d’elle, mais ne voit personne… Elle recule et aperçoit comme deux yeux dans la pierre, qui l’observent. Un frisson  l’envahit. Elle a saisi : le trou qu’elle avait pris pour l’entrée d’une grotte n’est autre que la gueule béante d’une montagne vivante !

— Je suis désolée, bredouille-t-elle, je vous avais pris pour un tunnel ! Pardon de vous avoir dérangé. Je cherchais un raccourci pour partir d’ici.

— Tiens donc, tu nous quittes déjà ! Tu n’aimes pas cet endroit ? Quel dommage ! Les visites sont si rares dans les parages ! C’est d’accord, tu pourras me traverser et poursuivre ta promenade, mais d’abord, tu dois résoudre une petite charade. Tu comprends, je n’ai pas beaucoup d’occupation ici.

— Ah, merci ! répond la fillette. Quelle est cette devinette ?

— La voici : « Je peux être changeant, parfois même glaçant. Pourtant, une rose à la main, je vous indiquerai toujours le chemin. Qui suis-je ? ».

Callisfea réfléchit, hésite et commence à regretter. Est-ce vraiment le bon chemin à emprunter ? Elle peut encore tenter un autre parcours… Si seulement elle avait une carte pour s’orienter, avec une rose des vents qui lui indiquerait l’Est, l’Ouest, le Sud et le Nord. Une rose des vents … oui c’est cela !

—  Le vent ! La réponse est le vent ! s’exclame Callisfea.

— Bonne réponse, félicitations ! répond la caverne d’un ton bougon. Nous n’avons pas pu jouer longtemps ! J’aurais aimé que tu restes, mais comme promis, tu peux passer. La sortie te mènera vers l’Ouest.

Merci ! répond Callisfea en se précipitant à l’intérieur, en direction de la lueur.

Et à peine a-t-elle fait quelques pas, que l’entrée derrière elle s’écroule et se bouche de gravats. « Bon, je ne peux plus repartir par là, mais ce n’est pas grave, je n’avais pas l’intention de revenir en arrière… Je n’ai plus qu’à sortir de l’autre côté », se dit Callisfea pour se rassurer. 

Au fur et à mesure qu’elle avance en direction des lumières bleues, la caverne s’assombrit et Callisfea réalise qu’il s’agit d’une impasse ! La lueur qu’elle avait vue a disparu pour laisser place à des gaz qui semblent s’échapper des parois.

— Laisse-moi sortir immédiatement ! crie-t-elle Tu n’as pas respecté ton  engagement ! Tu as menti ! Ce n’est pas de ma faute si tu t’ennuies. Ce jeu ne m’amuse pas !

— Oh, mais ce n’est pas un jeu ! répond la voix, qui semble venir de partout à la fois. Tu vas comprendre, c’est élémentaire : tout ce qui entre en moi, végétal ou animal, je le digère, pour en faire des pierres. Et de cette inexorable chaîne alimentaire, naîtra… une admirable chaîne de montagnes ! Sois fière ! Ta petite vie éphémère sera bientôt immortalisée dans la pierre. Et le petit mont que j’étais, atteindra bientôt des sommets !

Soudain, le sol de la grotte tremble, les parois frissonnent, et les rochers qui obstruaient l’entrée volent en éclats ! Callisfea, tout en se protégeant de ses bras, se précipite à l’extérieur. Une fois la poussière retombée, et après avoir beaucoup toussé, Callisfea aperçoit le dragon, Halvornus, qui l’attendait dehors :

— Cela ne s’est pas bien passé, on dirait…, dit-il sur un ton narquois.

— Je n’ai jamais été si soulagée de te voir, admet Callisfea. Tu m’as suivie, alors ?

— Il le fallait ! Cette île est pleine de dangers ! C’est d’ailleurs pour cela que Pangerona ne t’enferme pas à clé. Allons-y, le jour va se lever. Si elle s’aperçoit de ton absence, tu seras quand-même punie pour ta désobéissance, et moi pour ma négligence.

Callisfea soupire. Son évasion est ratée pour cette fois ! Mais…, y aura-t-il une autre fois ?