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Chapitre 5

Cette nuit, Callisfea a très peu dormi. Elle a beaucoup pleuré, et se réveille les yeux gonflés.

A peine debout, elle entend le dragon dehors :

— Sors, je dois t’emmener la voir.

Après toutes les surprises de la veille, Callisfea n’est même plus étonnée d’entendre un dragon parler.

—  Qu’est-ce qu’elle me veut ?

— Je n’en sais rien et ça ne me regarde pas. Dépêche-toi, il ne faut jamais la faire attendre !

Callisfea monte sur le dos de la bête qui l’emporte quelques monts plus à l’Est, pour atterrir finalement devant l’entrée d’une caverne.

—  Entre. Je t’attends là. Je ne peux pas venir.

— Tu m’attends ? Cela signifie que je vais ressortir… vivante ?

— Possible, si elle obtient ce qu’elle veut. Et elle l’aura certainement, car elle est très puissante !

La fillette s’engouffre alors dans un tunnel illuminé par de rares torches en crânes  d’animaux, plantées dans la roche.

Elle parvient enfin à l’entrée d’une immense cavité, légèrement mieux éclairée. Dans un haut fauteuil en face d’elle l’attend la femme qu’elle a vue la veille.

— Approche donc ! Nous n’avons pas fait les présentations. Tu connais déjà mon dragon, qui se nomme Halvornus. Voyons, avance un peu plus ! Et voici Krarir, mon faucon.

Sur un perchoir devant des tentures, se tient un rapace immobile que Callisfea avait pris pour une statue. Mais lorsque le volatile déploie ses ailes pour la saluer, Callisfea ne peut   réprimer un cri : il est pourvu d’ailes de chauve-souris.

— Ah oui, je l’ai amélioré un peu ! précise sa maîtresse en souriant. N’est-ce pas, que ça le rend plus effrayant ? Ajoute-t-elle avec fierté. Avant lui, j’avais un rat qui s’appelait Vageur, mais ce fripon de Krarir l’a dévoré ! Depuis, c’est lui qui me tient compagnie.

Tu peux lui dire merci, car c’est grâce à lui que tu as l’honneur d’être ici. Il a parfois des visions, et me fait alors des prédictions de ce qui va m’arriver, de bon ou de mauvais.

— Quel est le rapport avec moi ? Je ne vois toujours pas ce que je fais là !

— J’y viens, j’y viens ! Mais je manque à tous mes devoirs, je ne me suis même pas présentée ! Tu as peut-être deviné qui je suis… ? Oh oui ! Rien qu’à ton regard, je sais que tu sais ! dit-elle amusée.

— Vous… Vous êtes… Pangerona ? La sorcière Pangerona ?

— Gagné ! répond la sorcière en riant. Je suis soulagée de constater qu’après toutes ces années, on ne m’a pas oubliée ! Il faut dire qu’avec toutes mes tempêtes, mes raz-de-marée, mes éboulements, enfin, tous ces heureux évènements, je ne vous laisse pas le temps de vous ennuyer ! Je me donne beaucoup de mal pour me rappeler régulièrement à votre souvenir. Mais… laissons les souvenirs, parlons plutôt de l’avenir… Figure-toi que mon cher faucon Krarir, pense que Moi, la grande Pangerona, je serai un jour terrassée par toi ! Cela m’a fait rire, bien sûr. Mais tout de même, je dois faire preuve de méfiance envers toi, car cet oiseau de malheur a toute ma confiance. Donc, ne le prends pas mal, mais par précaution, je vais  absorber tes pouvoirs.

— Mes pouvoirs ? Quels pouvoirs ? Je n’en ai pas ! répond Callisfea.

— Ne fais pas l’innocente. Tu en as forcément. Tu dois être au moins une fée, une sorcière, ou je ne sais quel esprit de la forêt ! Sinon, comment représenterais-tu une menace, comme le prétend mon rapace ? A présent, commençons ! conclut Pangerona en s’approchant.

Elle pose ses mains sur la tête de la fillette et la serre si fort que Callisfea croit un instant être sous les serres du faucon.

La sorcière entre alors dans un état de transe. Tandis qu’elle se tient immobile, seules ses lèvres dansent, formulant des mots inaudibles. Une lueur maléfique éclaire son regard, tandis que Callisfea sent l’énergie se dérober de son corps.

Soudain, la sorcière s’écroule au sol.

— Que s’est-il passé ? vocifère-t-elle.

Elle se redresse et vacille en se tenant la tête.

— Très bien ! Nous réessayerons demain. Mais avant de sortir d’ici, emmène ceci, dit-elle en faisant apparaître un panier de fruits devant la fillette. Tu vois, je ne suis pas si détestable. Et puis, il faut peut-être que tu sois moins faible, pour que tes pouvoirs soient exploitables…