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Chapitre 15

Aujourd’hui, non loin de son logis, assise dans les rochers qui surplombent la mer, Callisfea contemple, pensive, l’île où elle perdit tant de mois captive.

Elle ignore si elle verra Halvornus aujourd’hui. Depuis quelques jours, son nouvel ami a été très pris. En effet, une très grosse chaleur s’est abattue sur l’île. Les champs et vergers souffrent de la canicule. Halvornus met donc son talent à profit pour arroser les plantations de sa pluie. Il a même déjà éteint un incendie et pour sa grande fierté, il s’est fait remarquer des pompiers qui lui ont demandé de les aider.

Voler avec les canadairs, c’est quand même plus épanouissant que de servir une sorcière !

Tandis que Callisfea fixe au loin l’autre rive, une voix la tire de sa rêverie.

— N’est-ce pas que la vue de cette île est magnifique ? On dirait bien que tu en es nostalgique ?

Callisfea sursaute et bondit. Derrière elle se tient sa pire ennemie, qui semble arrivée de nulle part. C’est forcément un cauchemar ! Se tient-il vraiment devant elle, ce visage trop familier qu’elle tentait d’oublier ?

C’est pourtant vrai : Pangerona est revenue…

Callisfea n’a même pas le temps de crier, qu’elle se trouve soulevée de terre, par la sorcière qui la maintient sans même la toucher, dans les airs au-dessus de la mer.

Callisfea a beau lutter, elle est prise dans un champ de force, émanant de la baguette que Pangerona pointe dans sa direction.

— Ici personne ne te viendra en aide. Tes chers parents sont baîllonnés, ligotés et je t’aurai noyée avant que leurs liens ne cèdent !

— Je vous ai vue tomber dans la montagne, je vous croyais morte, comment avez-vous fait ?

— La question n’est pas comment est-ce que j’ai fait, mais plutôt, qu’est-ce que TU m’as fait ! Je vais te le dire : tu as provoqué mon ire. Tu n’as fait qu’amplifier ma colère. Non seulement, tu as perverti mon dragon, que tu as rendu doux comme un mouton, mais tu m’as imposé ce séjour dans les entrailles de cette montagne où je n’ai survécu que par la volonté de t’infliger des représailles. Et ce n’est pas tout ! Pour accroître mon courroux, tu as l’audace d’être en vie, ce qui signifie d’après la vision de Krarir, que tu risques toujours de me nuire. Voilà donc pourquoi je suis là : c’est uniquement par ta faute, tu le vois, puisque tu fais    vraiment tout pour me mettre en colère !

— Je ne le voulais pas, c’est vous qui vous acharnez sur moi ! Et puis cela ne me dit pas comment vous êtes encore vivante.

— C’est pourtant évident: n’oublie pas que j’ai pris son feu à ce traître de dragon. Il était donc hors de question que ce glacier devienne ma prison, alors qu’avec mon feu, je n’avais qu’à le faire fondre ! Tout au fond, j’avais retrouvé mon balai, ce qui m’a permis de sortir avant que les parois ne s’effondrent.

—  Je ne vous crois pas, les sorcières sont connues pour craindre le feu. Je suis sûre que quelqu’un est venu vous aider. Mais vous êtes bien trop fière pour l’avouer !

— J’en ai assez de tes quolibets ! rétorque la sorcière, piquée dans son orgueil. Ouvre bien l’oeil, ma jolie : je vais t’offrir le dernier spectacle de ta vie !

Et voilà que la sorcière s’illumine de flammes qui sortent de ses mains et bientôt enveloppent son corps, sans qu’elle ne semble en souffrir.

— Ah oui, ce n’est pas mal, effectivement ! reconnaît Callisfea. Mais ce n’est pas de la lave, heureusement. Si vous étiez un volcan, là, ce serait vraiment impressionnant !

A travers la fournaise, la sorcière fusille sa prisonnière, de son regard rouge braise.

— Tu en veux plus ? A ton aise !

Soudain, tout le bas de son corps se couvre d’écailles noires et épaisses comme des boulets de charbon. La sorcière n’est plus qu’un arbre noir et luisant, ondulant telle la lave jaillie d’un volcan, tandis qu’à leur tour, sa taille, ses bras, sa poitrine et son visage, enfin tout son corps, en sont recouverts. Bientôt, c’est la nature toute entière qui s’embrase autour de la sorcière.

— A présent que tu m’as vue dans ma toute puissance, je peux mettre fin à tes souffrances et te délivrer de cette vie !

Elle cesse alors le champ de force qui maintenait Callisfea au-dessus de l’eau et la laisse tomber.

Mais dans sa chute, Callisfea lui jette son bracelet à la pierre bleue.

— Qu’est-ce que … ?

Avant que la sorcière n’ait eu le temps de réaliser de quoi il s’agissait, la pierre bleue, que son corps a absorbée, commence son effet de pétrification, et Pangerona se recouvre d’une croûte noire craquelée. Elle se débat comme prise dans des entraves et lutte de toutes ses forces, pour empêcher de durcir la lave.

Juste au moment où elle parvient à la refluidifier, surgit des flots juste en-dessous, Halvornus !

Il a jailli de l’eau pour rattraper Callisfea dans sa chute !

En retombeant de tout son poids, il éclabousse Pangerona d’une vague immense, qui achève sa pétrification. Celle-ci est prise dans sa propre prison de lave, qui n’est plus du tout en fusion !

La sorcière, qui n’est plus que pierre, vacille de toute sa masse, tombe et se fracasse, sur les rochers au pied de la falaise, comme une vulgaire statue de glaise.

— Ainsi finit en limon celle qui pétrifia tant de dragons ! conclue Halvornus, dans un soupir de satisfaction.