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Chapitre 13

Halvornus et sa protégée poursuivent leur voyage en direction de l’Ouest. Callisfea réalise que prend fin son périple, lorsqu’elle aperçoit enfin son île. A bord de sa majestueuse monture, elle n’a plus du tout soif d’aventure. Elle se remémore l’excitation qu’elle ressentait sur le toit de sa maison, à chaque fois qu’elle montait tout au bord… « Je n’ai plus besoin de me mettre en danger pour me sentir en vie. Retrouver ma famille, mon foyer, ça me suffit.»

Enfin apparaît au loin son logis ! Cette image tant attendue lui semble presque irréelle.

A la vue du dragon, ses parents qui scrutaient le ciel, sont d’abord effrayés…, puis stupéfaits, hébétés, n’osant croire ce qu’ils voient : leur enfant tant aimée, chevauchant cette bête immense, et descendant à leur rencontre.

Folle d’impatience, Callisfea saute au sol et se jette dans les bras de ses parents qui se sentent redevenir vivants. Eux qui n’avaient jamais cessé d’espérer qu’un jour on la leur rendrait, sont enfin exaucés ! On rit, on pleure, on s’embrasse…

Le dragon, fier et heureux d’avoir sauvé une personne en danger, et pressé de continuer auprès des pompiers, prend congé :

— Je suis heureux de t’avoir fait confiance, tu as toute ma reconnaissance ! Tu pourras toujours compter sur moi, promet-il à Callisfea.

— Qui donne reçoit, lui répond-elle. Nous nous sommes sauvés grâce à notre aide mutuelle. Si nous étions restés dans notre coin, à nous lamenter sur notre sort, nous serions prisonniers encore, de notre ennemi commun. Au lieu de cela, tu as été attentif à mes besoins, moi aux tiens, et nous avons triomphé main dans la main.

Après ces retrouvailles pleines d’émotion, Callisfea et sa famille saluent le dragon, en lui souhaitant bonne chance pour sa reconversion.

Callisfea se précipite dans sa maison qu’elle avait tant hâte de retrouver. Mais contrairement à sa vision, elle n’y trouve aucun bébé. Ses parents ne l’avaient donc pas remplacée !

Comment avait-elle pu en douter ? ! Ce qu’elle avait vu semblait si réel…

— Je sais ! se dit-elle. J’aurais dû comprendre avant ! Il s’agissait peut-être tout simplement de la projection d’une vision du faucon. Cet enfant vu par Krarir n’était qu’un heureux évènement prévu pour l’avenir. Il savait qu’un petit bébé arriverait, d’accord, mais pas avant le retour de sa grande soeur !

— Nous t’avons cherchée partout, nous avons cru devenir fous, lui dit son père. Jusqu’à ce que nous trouvions ceci au bord de la mer…

Il lui montre le sac qu’elle avait jeté.

— Les vagues nous l’ont ramené. Mais elles ne nous ont jamais rendu ton corps Alors peut-être à tort, nous voulions croire que tu reviendrais. Nous avons fouillé toute l’île, avec l’aide des habitants, même les plus lointains. Parmi eux, deux lutins nous ont signalé qu’en se promenant sur la plage, ils avaient vu une fillette s’éloigner du rivage. Elle serait partie sur une barque et leur avait juste crié qu’elle prenait la mer pour fuir des parents trop sévères !

— Vous avez cru que j’avais fugué ? ! s’exclame Callisfea.

— Et bien nous avons hésité, répond sa mère. Au début, cela nous a presque arrangés de le croire, car cela nous laissait l’espoir que tu sois encore en vie. Mais nous avons continué à te chercher. Si tu avais traversé la mer pour aller vers d’autres terres, nous devions te retrouver, quoi qu’il puisse nous en coûter. Tu verras, sur la plage, nous avons presque   terminé de construire un bateau, capable de nous emmener avec des chevaux. Les villageois se sont tous groupés pour nous apporter de l’aide et des provisions.

— A propos, poursuit son père, nous avons rencontré un garcon, qui partageait particulièrement notre émotion ! Un certain… Rolhois. On dirait qu’il tient beaucoup à toi ! Il est venu tous les jours après l’école pour m’aider à la construction de l’embarcation.

— Ah bon ? répond Callisfea en rougissant. C’est très gentil de sa part. Et bien, dès demain, j’irai le voir. Pour… le remercier bien sûr.

Ce soir, c’est avec grande une joie que Callisfea retrouve son lit douillet, dans sa  chambre où tout est resté en état. Elle va essayer de reprendre sa vie là où elle l’avait laissée.

Une fois couchée, sa mère vient l’embrasser. A peine l’a-t-elle quittée qu’elle repasse sa tête par l’entrebaillement de la porte et chuchote :

— Au fait dis-moi, à propos de ce Rolhois… C’est bien celui dont tu m’avais parlé plusieurs fois, n’est-ce-pas ? Tu avais raison, il est vraiment très mignon !

Elle part sur un petit clin d’oeil, tandis que Callisfea s’endort légère comme une feuille.