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Chapitre 11

Aujourd’hui, la sorcière est bien décidée à faire une dernière tentative pour capter les pouvoirs de sa captive. Pour cette occasion, elle vient la voir directement dans la maison où elle est retenue. Mais contrairement à ce qu’elle avait prévu, Callisfea n’est pas envahie de pensées suffisamment négatives. Depuis qu’elle a discuté avec Halvornus, elle a même retrouvé un peu de tonus !

Alors lorsque Pangerona la fait sortir dehors, pour renouveler son expérience, celle-ci tourne mal encore ! La sorcière à nouveau projetée à terre, se relève et hurle au dragon :

— C’en est trop ! Je veux en finir ! Brûle-la ! Je n’aurai pas ses pouvoirs, mais au moins elle ne sera plus là pour m’empêcher de sévir dans la région. Elle ne sera plus une menace pour moi.

Callisfea, qui vient de reprendre ses esprits, court se refugier dans la maison, tandis qu’Halvornus prend une longue inspiration, puis s’arrête, en pleine hésitation. Il relève la tête.

— Allez, vas-y ! Qu’attends tu ? Préfères-tu que ce soit moi qui la tue ?

— Navré, je ne peux pas !

— Pardon ?

— Je refuse de la tuer.

— Alors je dois te punir. Comment oses-tu me désobéir ? Moi qui t’ai recueilli comme une amie, lorsque les humains tont banni ! J’ai fait de toi une puissante créature au cœur dur et pleine d’allure. Je suis très déçue par ton attitude ! Quelle ingratitude ! Bien sûr, tu ne te  rappelles pas tout ce que j’ai fait pour toi. Je t’ai même offert la demi-corne qui te manquait pour imposer le respect à tes ennemis !

— Vous voulez dire… que je n’avais qu’une corne et demie ?…

— Une ridicule protubérance ! Tu n’avais aucune chance de faire peur avec cette excroissance ! Mais il suffit ! Tu seras puni pour t’être ainsi ramolli.

La sanction sera à la hauteur de ta trahison. Tu pactises avec une humaine, à ta guise ! Mais alors, ce n’est plus la peine que tu te déguises. Je vais te rendre l’aspect que tu avais quand je t’ai rencontré. Et elle s’écrie :

— Que les cornes de ce dragon retrouvent l’aspect de leur première année : l’une dressée, l’autre à demi-poussée ! Que mon don soit inversé !

Alors qu’Halvornus est soudain enveloppé d’une tempête d’éclairs, des images affluent dans sa tête, comme des souvenirs enfouis qui reprennent vie. Il se voit dans un petit logement, en compagnie d’une vieille femme qui le regarde tendrement… Se pourrait-il qu’il ait été ce fameux petit dragon dont Callisfea lui parlait ? Pangerona lui aurait donc menti : il n’avait pas été banni. Elle l’avait arraché à un foyer aimant et ami, uniquement pour s’en faire un outil !

Alors qu’il réalise à quel point la sorcière a gâché sa vie, celle-ci reprend, en colère :

— N’oublie jamais que de Pangerona, nul ne se moque ! Maintenant, obéis et brûle cette bicoque !

Alors, le dragon qui semble en fureur, crie à la fillette à l’intérieur :

— Tout cela est arrivé par ta faute !

Et d’un simple coup de museau, il démolit la toiture de la maison !

— N’exagère pas ! lui crie Callisfea en s’abritant de ses bras. Ce n’est pas si cruel, comme punition. Elle ne t’a ôté qu’un peu de corne. Tu es toujours impressionnant et énorme. Il y aurait bien plus grave pour un dragon ! Par exemple, elle aurait pu transformer ton feu en eau !

Halvornus au-dessus d’elle, hurle :

— Tu vas brûler comme un feu de paille !

Mais en prononçant ces mots, il lui fait un clin d’œil. Callisfea, rassurée, court s’abriter dans la cheminée.

Le dragon, en un instant, enflamme tous les meubles et le parquet, tandis que la cheminée en pierres se trouve épargnée. Il gobe l’enfant dans sa gueule et s’envole   immédiatement en haut de la montagne, où il la recrache discrètement.

La sorcière qui l’aperçoit, l’échine ainsi courbée, lui crie :

— Allons, inutile de bouder ! Reviens là, j’ai encore à te parler.

Pendant que cachée là-haut, Callisfea reprend ses esprits doucement, Halvornus redescend.

— A présent que ma pire rivale est en cendres, plus rien ne s’oppose à ce que mon règne s’étende, sur cette île mais aussi très loin aux alentours. Bientôt, chacun craindra Pangerona et se soumettra à sa loi. On me respectera et, si tel est mon bon plaisir, je créerai des catastrophes naturelles quand je le désire ! En revanche, j’ai constaté avec regret que tu avais osé me désobéir. Sache que je n’ai pas oublié cet incident très décevant. Pour cela, tu mérites une punition qui soit plus à la hauteur de ta trahison. Perdre une demie corne, ce n’était pas suffisant. Le meilleur, c’est que c’est ton ancienne petite protégée qui m’a donné l’idée d’une vraie sanction ! Je vais donc te  retirer ce qui terrifiait tes adversaires, même les plus courageux : je vais te prendre ton feu ! »

Et immédiatement, elle prononce ces mots, pointant ses mains en direction du dragon :

— Par tous les stratocumulus, les cumulonimbus, que tes flammes s’éteignent à jamais ! Tu cracheras de la pluie désormais !

Soudain, Halvornus est pris de tremblements, c’est très impressionnant !

Puis tel un geyser, un nuage de vapeur envahit l’air. Le dragon tousse, crache… et voici qu’une fine pluie l’enveloppe !

Tandis qu’Halvornus reste hébété, enfin libéré de ce feu qui le gênait, Pangerona enfourche son balai et l’abandonne là. Elle ne remarque même pas le drôle de rictus qui déforme la face d’Halvornus, tentant de masquer sa joie…

En quelques battements d’ailes, il remonte vers Callisfea, s’enquérir de son état :

— Ça va ? Tu n’as pas été brûlée ?

— Non, non, j’ai seulement été très enfumée, et si terrifiée que je ne sens plus mes jambes me porter. Mais je suis vivante ! Je peux encore te remercier. Allez, nous devons   partir sans délai, car nous sommes tous deux en danger !