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Chapitre 2

Le lendemain matin, Callisfea se lève dès les premières lueurs.

Pleine de bonnes résolutions et surtout, bien décidée à éviter le sermon que sa mère lui a promis, Callisfea veut lui faire changer d’avis. Pour cela, elle espère la mettre de bonne humeur en lui offrant un bouquet de fleurs.

Mais pas n’importe lesquelles : des hymenocallis festalis ! C’est le nom d’une variété de fleurs de lys qui fleurissent au printemps. On les appelle aussi « lys-araignées blancs », en raison de la forme recourbée de leurs pétales en étoile. Sa maman aime tellement ces fleurs blanches, qu’elle a donné à sa fille un prénom leur ressemblant.

La fillette s’habille donc sur la pointe des pieds, enfile sa cape préférée, et file dehors après avoir refermé la porte doucement, pour ne pas réveiller ses parents.

Elle ne devrait pas avoir besoin d’aller bien loin : ces fleurs poussent souvent le long des jardins.

Mais cette année, la nature tarde à se réveiller et les fleurs de lys ne veulent pas se montrer.

— Peut-être en trouverai-je un peu plus bas, espère Callisfea. Elle descend donc jusqu’à la sortie du village, mais toujours rien dans les parages !

La fillette se retrouve maintenant à l’orée d’une immense clairière. Sur le sentier qui longe la rivière, elle poursuit ses recherches en inspectant les berges. Les yeux rivés au sol, elle passe sous les saules qui marquent l’entrée de la forêt.

Progressant sur le sentier devenu tortueux et déformé par les racines d’arbres majestueux, elle ne s’était pas aperçue que, derrière elle la clairière avait disparu.

Soudain, un craquement la fait sursauter. Elle réalise qu’il est temps de rentrer. Ses parents vont s’inquiéter !

Les mots qu’ils lui répètent souvent résonnent dans sa tête : « Ne t’éloigne pas de la maison sans nous, le monde est rempli d’êtres dangereux et fous ! »

— Cette fois, c’est sûr, je serai punie. Je leur aurai encore fait peur et, en plus, je n’ai même pas trouvé de fleurs ! Tout cela pour rien ! maugrée-t-elle en rebroussant chemin.

Mais à peine a-t-elle fait quelques pas qu’elle sent une masse sur elle qui s’abat. Très vite, elle comprend qu’il s’agit d’un sac. Elle peste, fait de grands gestes, mais rien n’y fait : elle est enfermée !

—  Qu’est-ce que…? Laissez-moi ! Au secours !

Et dans le sac de lin disparaît la lumière du jour, tandis que se resserrent ses liens.

—  Tu peux crier, ma jolie, nous sommes loin de ton paradis. Personne ne t’entend, dit une voix en riant. Cesse donc de gigoter, sois sage ! Nous serons bientôt arrivés sur la plage, enfin, dès que nous aurons regagné notre attelage.

—  Nous allons sur la plage ?

— Oui, tu y es attendue depuis un moment, par quelqu’un de très important !

—  Cela suffit ! grogne une autre voix, tu lui en as déjà trop dit. Tais-toi, ou nous aurons des ennuis. Allons-y !

Callisfea, que l’on a jetée à l’arrière d’une petite charette, tremble de tout son être.

Secouée, ballotée pendant tout le trajet, elle oublie pourtant qu’elle a mal, tant elle se pose de questions. Est-elle loin de sa maison ? Elle a peur mais se dit qu’il s’agit d’une erreur. Pourquoi l’enlever ? Pour demander une rançon ?

Affolée et pleine d’interrogations, elle trouve le temps bien long…