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Chapitre 3

Enfin, le bruit des sabots du cheval qui tirait la charette se fait plus sourd puis s’arrête.

Quelqu’un soulève le sac, visiblement très lourd, puis le jette à terre. Les liens se desserrent et laissent réapparaître la lumière du jour.

 Une tête se penche, masquée sous une capuche, vérifie le contenu du sac et relève la tête vers ceux qui le lui ont apporté :

— Très bien, vous pouvez y aller ! déclare une voix autoritaire.

— Mais, vous aviez promis de nous donner…

— Je vous laisse en vie, c’est déjà bien assez ! Vite, disparaissez avant que je ne change d’avis ! Vous n’êtes que deux lutins ; faut-il que je vous le rappelle, ou préférez-vous ne jamais revoir un autre matin ?

Callisfea distingue mal le visage au-dessus d’elle. Il semble être celui d’une femme, entièrement de noir vêtue.

—  Alors, c’est toi ! siffle la masse sombre d’une voix aigüe. Ce serait toi, la petite chose que je dois redouter ?! Tu ne ressembles pas du tout à la terrible rivale que la prophétie m’a annoncée ! Je ne vois vraiment pas comment tu pourrais m’atteindre ! Mais dans le doute, je vais te garder dans un endroit où je n’aurai rien à craindre de toi. Ensuite…et bien on verra.

— Mais de quoi parlez-vous ? Je ne vous connais même pas !

— Ah non, tu crois ça ?… Ne me dis pas qu’on ne t’a jamais parlé de moi ! Allez, sors ! Nous changeons de moyen de transport ! dit-elle avant de souffler dans un sifflet taillé dans un crâne de souris.

Callisfea se dégage et observe la plage. Au large, à l’horizon, elle reconnaît les montagnes qu’elle voyait de sa maison, mais elles n’ont plus le même aspect que d’habitude.

« J’ai dû être emmenée plus au Sud », réfléchit Callisfea.

Quelques secondes plus tard jaillit, de derrière les nuages, leur nouvelle monture. C’est une créature que Callisfea n’a jamais vue ailleurs que dans ses livres d’aventures : un dragon !

Couvert d’écailles rouges, il s’approche en battant ses immenses ailes qui cachent le soleil. La puissance de son vol fait s’aplatir les vagues. Même le sable tente de s’éclipser en un nuage de poussière, tandis que le dragon atterrit sur la plage.

La femme en noir hisse Callisfea sur le dos de l’animal, grimpe derrière elle, et crie : Allez, la Bestiole, on décolle !

Le dragon déploie ses ailes et prend son envol.

Callisfea ôte le sac qu’elle portait en bandoulière et le jette dans la mer, déjà loin au-dessous d’elle, espérant ainsi laisser une trace, pour qui la cherchera et trouvera sa besace…